25/09/2017

Management interculturel : ensemble, c’est tout…

A ce jour, 9 734 Volontaires internationaux en entreprise (V.I.E) sont en poste à l’étranger : ils sont jeunes, loin du siège, immergés dans un environnement culturel qui peut être déstabilisant… Autant de problématiques managériales qui méritent d’être pensées : c’est tout l’objet de cet article sur le management interculturel, illustré de conseils et d’exemples concrets.

Imaginez la tête du commercial qui invite ses clients américains dans un restaurant gastronomique et les voient demander des glaçons pour rafraichir leur verre de bordeaux. Mais évitez de vous moquer : tout manager français plongé dans un bain international commet ce genre d’impair plus souvent qu’à son tour. Au point que les formations au management interculturel sont devenues un passage obligé avant tout projet d’expatriation.

Un défi pour la moitié des expatriés

L’étude date un peu1 mais elle est révélatrice : elle montre en effet que la culture professionnelle locale reste un défi important à surmonter pour près de la moitié des expatriés, notamment dans les pays d’Afrique du Nord, du Proche, du Moyen Orient et d’Asie.

Autre élément intéressant : les expatriés justifient leur départ par une forme de lassitude à l’égard de la France. Mais une fois sur place, ils ont tendance à trouver que tout était mieux en France : les services de santé, la vie culturelle, les transports, l’environnement, la sécurité… et la culture managériale, bien sûr !

Management « à la Française »

Le travers est universel : les Français ne sont, certes, pas les seuls à penser que leurs pratiques managériales sont « normales ». Vues d’ailleurs, elles sont pourtant surprenantes… et pas forcément de façon positive.

Une recherche internationale2 menée en 2015 par le Ciffop (Centre interdisciplinaire de formation à la fonction personnel)  et l’université américaine de Princeton pointe en effet notre culture très hiérarchique, avec un véritable plafond de verre pour les cadres étrangers, qui peinent à accéder au top management. De plus, nos pratiques de communication et de management implicites (les grandes décisions ne sont pas prises en réunion mais lors de rencontres plus informelles) sont extrêmement difficiles à comprendre. Enfin, les managers français, trop intéressés par leur propre carrière, ont du mal à penser collectif.

Voilà pour le versant sombre. Heureusement, il y a aussi un côté positif : une réelle culture de la performance, qui reste une valeur primordiale pour évoluer dans l’entreprise. Mais aussi des capacités conceptuelles et d’analyse puisées dans notre art cartésien de la synthèse, une forme de fidélité et d’éthique et un véritable sens du savoir-vivre symbolisé par la fameuse pause-déjeuner.

Ecouter et comprendre

Le simple fait d’accepter l’idée que nos pratiques managériales ne sont pas universelles et peuvent être mal comprises est une bonne base : elle mène à la patience, l’humilité et le dialogue. Dans le management interculturel, les non-dits n’ont pas leur place : tout doit être expliqué clairement, avec empathie et bienveillance, mais dans le respect de règles communes. C’est l’équilibre le plus difficile : être à l’écoute tout en restant un manager qui montre la voie et qui décide.

Exemple : le concept de laïcité est difficile à appréhender pour un Indien dont la vie quotidienne est rythmée par des rites propres à des communautés qui peuvent être très restreintes. Certains jours de fête sont si importants à ses yeux qu’il ne prend même pas la peine de prévenir de son absence. A ses yeux, c’est aussi absurde que d’expliquer pourquoi Noël ou le jour de l’an sont fériés… même si la fête en question n’est célébrée que dans son village d’origine.

Comment encadrer une équipe de 20 personnes dans ces conditions ? En posant un cadre commun : le même nombre de jours de congés pour tous, avec un délai de prévenance d’un mois avant chaque absence et une coordination pour veiller à assurer la continuité du service. Pas question de considérer que la fête des potiers d’un village du Madhya Pradesh a moins d’importance que Noël. Mais pas question, non plus, de laisser passer des absences non justifiées.

Le management interculturel consiste à faire travailler des personnes de cultures différentes dans un objectif commun. Et de les faire travailler ensemble.

(1) Etude de la Direction des Français de l’étranger (DFAE) publiée en juillet 2011 et menée auprès de 3357 Français expatriés et 981 candidats à l’expatriation.
(2) Recherche menée auprès de 19 grandes entreprises et plus de 2 000 managers internationaux.